Date de sortie : 20 juin 20204
Développeur : Reissad Studio
Éditeur : Reissad Studio
Genre : FPS tactique réaliste
Plateforme : PC
Prix : 33,32 $
À une époque où le FPS compétitif semble tourner en rond entre saisons, battle pass et équilibrages éternels, Bodycam arrive comme un choc visuel et sensoriel. Développé par une petite équipe indépendante, le jeu ne cherche pas à concurrencer frontalement les mastodontes du genre par la quantité de contenu, mais par une proposition radicale : placer le joueur dans la peau d’une caméra corporelle, comme celles portées par les forces de l’ordre. Le résultat est déroutant, parfois fascinant, parfois frustrant, mais rarement indifférent.
Une mise en scène unique au service de l’immersion
Le premier contact avec Bodycam est presque troublant. Le jeu adopte une perspective volontairement instable : image granuleuse, déformations optiques, compression vidéo, légers délais d’affichage… Tout est pensé pour simuler une captation réelle. On n’incarne pas un soldat héroïque, mais une présence fragile, humaine, dont la vision est limitée par l’équipement qu’elle porte.
Cette approche change profondément la manière de jouer. Les mouvements brusques donnent la nausée, les angles morts deviennent une source constante de stress et chaque coin de mur est une menace potentielle. Là où la plupart des FPS récompensent la rapidité et la précision millimêtrée, Bodycam impose la prudence, l’écoute et l’anticipation.
Unreal Engine 5 : vitrine technologique… mais exigeante
Visuellement, Bodycam impressionne. L’utilisation de l’Unreal Engine 5 permet un rendu photoréaliste rarement vu dans un jeu multijoueur indépendant. Les environnements urbains sont crédibles, sales, imparfaits, et surtout très convaincants lorsqu’ils sont observés à travers ce filtre de caméra embarquée.
Cependant, cette prouesse technique a un coût. Le jeu est extrêmement gourmand, et même des configurations solides peuvent rencontrer des chutes de framerate ou des instabilités. Paradoxalement, ces problèmes techniques nuisent parfois à l’immersion qu’il cherche tant à renforcer. Quand la peur vient d’un bug plutôt que d’un ennemi, la tension change de nature.
Un gameplay volontairement lent et punitif
Bodycam n’est pas un FPS “fun” au sens traditionnel. Ici, pas de course effrénée ni de glissades spectaculaires. Les déplacements sont lourds, les tirs imprécis sous stress, et la mort arrive vite — très vite. Une erreur de placement ou un excès de confiance peut coûter la partie entière.
Le jeu mise énormément sur le jeu d’équipe. Communiquer, couvrir les angles, avancer lentement devient vital. En solo ou avec des joueurs désorganisés, l’expérience perd rapidement de son intérêt. À son meilleur, Bodycam crée des situations d’une intensité rare ; à son pire, il devient rigide et parfois frustrant.
Le son : véritable cœur de l’expérience
S’il y a un domaine où Bodycam excelle sans discussion, c’est le sound design. Chaque bruit compte : un pas mal placé, une porte qui grince, un chargeur qui tombe au sol. Le son est directionnel, précis et anxiogène. Jouer au casque n’est pas recommandé, c’est obligatoire.
Cette importance accordée à l’audio transforme chaque partie en jeu de tension psychologique. On se surprend à retenir son souffle, à hésiter avant d’avancer, à douter de ce que l’on vient d’entendre. Peu de FPS parviennent à générer ce niveau de paranoïa.
Un contenu encore limité
Malgré ses qualités, Bodycam reste un jeu en construction. Le nombre de cartes et de modes est restreint, et la répétition peut s’installer assez vite pour les joueurs les plus assidus. On sent que le projet repose davantage sur une vision expérimentale que sur une richesse de contenu immédiate.
Cela dit, le potentiel est immense. Chaque mise à jour pourrait transformer radicalement l’expérience si les développeurs parviennent à stabiliser la technique tout en enrichissant les mécaniques.
Une expérience qui ne s’adresse pas à tout le monde
Il est important de le dire clairement : Bodycam n’est pas un FPS grand public. Son rythme lent, son réalisme oppressant et son exigence technique risquent d’en rebuter plus d’un. Ceux qui cherchent du divertissement rapide ou de l’adrénaline immédiate passeront probablement leur chemin.
En revanche, pour les joueurs en quête d’immersion, de tension réaliste et d’expérimentation vidéoludique, Bodycam propose quelque chose de rare, presque dérangeant, mais profondément marquant.
+ Immersion visuelle et sonore exceptionnelle
+ Concept original et audacieux
+ Tension réaliste rarement atteinte dans un FPS
- Exigences techniques très élevées
- Contenu encore limité
- Expérience frustrante sans bonne coordination
